Archives de la catégorie Mini

Piggy Sue

C’est à toi que je m’adresse, odoriférant personnage, puant petit fonctionnaire grisâtre qui hante chaque jour ma rame de métro, toi qui viens exhaler tes miasmes nauséabonds sous la sensibilité de mon nez délicat, toi qui sens… non à un tel niveau de puanteur, tu ne sens plus rien, tu survis simplement dans un nuage méphitique, à la moindre étincelle craquée près de toi, le métro exploserait.  Oui c’est à toi que je parle, toi dont l’odeur s’accroche à mes vêtements lavés de frais, car même ton odeur a décidé de ne plus te suivre tellement tu refoules du baquet, tu empestes le dessous de bras suant, tu soupires une haleine chargée à l’oignon sauvage et tu dégages un arôme de sous-vêtement suspect.

Comme chaque matin, tu t’en vas, tes chaussures peinant à retenir les effluves sauvages de tes pieds galeux, sans te douter que ton absence de douche matinale va me pourrir l’ensemble de ma journée.  Alors que la fragrance musquée qui te sert d’odeur corporelle imprègne mes muqueuses, je t’imagine rejoindre un improbable métier de bibliothécaire.

Dans ta collection de livres, relis Le parfum de Süskind, ça te les fera, les pieds.

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The Brain

C’est à toi que je m’adresse, oui, à toi, mon cerveau capricieux.  Toi dont les circonvolutions sont capables du pire comme du meilleur.  Toi qui me mets le cœur en joie lorsque tu trouves un bon mot, une phrase rigolote ou une vanne particulièrement bien sentie et que tu sais, en ton for intérieur, qu’elle fera rire tes contemporains, ce qui, entre nous, est une belle forme d’autosatisfaction en restant poli ou autosuçage si tu décides de faire dans le graveleux bigardesque.  Toi aussi que j’ai envie de jeter par la fenêtre avec le bébé et l’eau du bain quand décidément tu n’es bon à rien, que tu es incapable d’aligner deux adjectifs et un nom commun et que tu réagis comme un sale gosse en croisant les bras et en m’infligeant un bon vieux mal de tête qu’un surdosage costaud de dix aspirines n’arrive pas à endiguer.

Nous vivons ensemble depuis de nombreuses années déjà mais je ne te connais pas si bien que ça finalement.  Toi aussi, tu dois avoir des zones d’ombre qui te hantent, des blessures cachées, restées à vif.  Tu as peut-être été le souffre-douleur à l’école des cerveaux, celui dont on vidait le cartable dans la grosse poubelle verte pour s’amuser à le faire pleurer.  Je te préviens quand même, en toute amitié virile, que la prochaine fois que tu décides de faire ta mauvaise tête, blessures cachées ou pas, je te balance au premier zombie qui passe, tes zones d’ombre, il en fera son dessert.

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Vivement lundi

C’est à toi que je m’adresse, larve linguistique.  A toi dont le QI n’a jamais permis de comprendre correctement la création d’un adverbe en « -ment ».  A toi qui as décidé de me pourrir chaque début de semaine en répétant, tel le perroquet pathétique que tu es, « Comme un lundi » lorsque je te demande naïvement comment tu vas.  A toi qui penses probablement que cette vanne éculée est le summum de l’humour alors qu’elle n’a jamais fait rire que ton cerveau étriqué.  A toi qui as décidé de tuer définitivement une expression comme les frères Taloche ont tué définitivement, avec leur sketch idiot, la chanson « J’ai encore rêvé d’elle » du groupe Il était une fois.

A toi, dont le pic de conversation ne concerne finalement que les éphémérides, je te souhaite de mourir un vendredi.  Écrasé par une pile de dictionnaires que tu n’auras jamais ouverts.  A la fin de cette semaine laborieuse, devant ta tombe ouverte, un crétin patenté, à qui on demandera « Comment ça va ? », lâchera « Ça va bien.  C’est vendredi.  Ça va toujours le vendredi ».

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Elle ne viendra plus

Elle n’est pas venue à ma porte.  Elle n’a pas téléphoné pour s’excuser.  Pas un message sur mon répondeur.  Pas un mail.  Pas un SMS.  Pas un tweet.  Pas un statut Facebook.  Rien.  J’ai regardé plusieurs fois par la fenêtre.  Rien.  J’ai éteint la télévision et tendu l’oreille vers la porte d’entrée.   Rien.  J’ai décroché le téléphone.  Vérifié la tonalité.  Raccroché le téléphone.  Répété l’opération cinq fois d’affilée.  Rien.  J’ai regardé Google Actualités pour voir si il n’y avait pas eu un accident quelque part qui aurait pu expliquer son absence.  Rien.  Rien.  Rien.  Rien rien rien.

Je me suis assis dans le canapé du salon.  J’ai fermé les yeux dans le silence de l’appartement.  J’ai attendu.

L’Idée, avec un « i » majuscule, n’est jamais venue.

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Au moins cinq fruits et légumes par jour

C’est un Snickers déposé sur un appui de fenêtre.  Juste un Snickers.  Pas un Milky Way, un Twix ou un Nuts.  Non.  Juste un Snickers.  D’ailleurs, est-ce que ça existe encore les Nuts ?

Juste un Snickers.  Un emballage marron, blanc et orange.  Une typo bleue en italique.  Juste un Snickers.  Déposé sur un appui de fenêtre.  L’emballage ouvert et retourné sur le chocolat, comme un bras de chemise.  Une marque de dents laisse apparaître le caramel, le nougat et les cacahuètes.  Une sucrerie posée sur un appui de fenêtre.

Depuis combien de temps ce Snickers a-t-il été posé sur cet appui de fenêtre ?  Pas lancé, craché ou même vomi.  Juste déposé.  Délicatement.  Il n’y a pas de miettes de chocolat autour de l’emballage.  L’endroit est propre.  On dirait presque une photo publicitaire.

Un Snickers a été déposé sur un appui de fenêtre près de chez moi.  Je ne sais pas par qui.  Je ne sais pas quand.  Je ne sais pas dans quelles circonstances.

Ce Snickers m’obsède.

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Ballot

La journée commence bien.  Il fait beau, le soleil brille, les filles sont jolies et les jupes sont courtes.  Hugues Beliart flotte.  Dans moins de deux heures, il va signer son premier contrat d’édition.  Premier roman.  Un rêve enfin réalisé, après des nuits blanches à s’arracher les cheveux sur la concordance des temps et l’opportunité d’utiliser tel adverbe dans tel dialogue.  Hugues Beliart est heureux.  La tête dans les étoiles, il traverse la rue.

Se fait écraser par une voiture en excès de vitesse.

C’est triste pour un personnage de se faire tuer au second paragraphe d’une histoire qui en compte trois.

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La loi de l’attraction

Au milieu de la foule, dans un instant, ces deux-là vont se rencontrer, leurs destins se télescoper.  Ils ne le savent pas encore.  L’instant est suspendu, comme gelé par la touche pause d’un lecteur DVD.  Parce que ces deux-là n’ont pas connu les magnétoscopes.

Ils ont été interrompus dans leur mouvement, dans leur attitude.  Elle, elle a le bras droit levé.  Ses jambes sont tendues dans l’effort de la marche.  Les muscles de la cuisse se dessinent sous le bleu du jeans.  Ses cheveux coiffés en queue de cheval dessinent un orbe flou derrière sa nuque.  Elle a le regard téméraire de la réussite.

Lui, il a un bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, les mains dans les poches de son imperméable.  Une barbe de trois jours lui mange le visage.  L’arrêt sur image n’a rien changé.  Il est resté immobile, devant la foule en marche.  Personne ne semble lui prêter attention.

Dans un instant, ces deux-là vont se rencontrer, leurs destins se télescoper.  Dans un instant, elle va jeter le reste de son petit-déjeuner dans une poubelle.  Dans un instant, il plongera la main dans les détritus pour récupérer le croissant à moitié grignoté.

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