Archives de la catégorie Micro

Frankenstein

Des cheveux blancs. Une boucle d’oreille en argent. Un nez couperosé. Un œil vert. Un œil brun. Une paire de Ray Ban. Une barbe de trois jours. Une capuche mauve. Une poitrine généreuse sous une blouse beige. Un bracelet brésilien sur un poignet chocolat. Une cigarette entre deux doigts. Une veste en velours côtelé. Une chevalière en or. Une grosse boucle de ceinture. Une jupe plissée. Un bas chaussette. Une botte en cuir. Une cuisse nue. Une Nike avachie.

Le matin, mon œil bâille. Le matin, mon œil crée un monstre éparpillé, tel le docteur Frankenstein.

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Capitaine Hardcore

Qui pourrait imaginer les idées crades et salaces qui défilent derrière ses lunettes de premier de la classe ?  Quand on lui présente une jeune femme, la machine à fantasmes se met en route.  Porte-t-elle une culotte ?  S’épile-t-elle la chatte ?  A-t-elle les grandes lèvres percées ?  Aime-t-elle pomper des bites ?  Avale-t-elle le foutre ?  Se fait-elle enculer ?  Que crie-t-elle quand elle jouit ?  Le contact du cuir la fait-elle mouiller ?

Et puis, il tend la main : « Enchanté de faire votre connaissance ».

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… et dix de der.

Dixième billet.  Dix.

Sans trop réfléchir et sans l’aide de Google, que me suggère le chiffre dix ?  Les dix doigts.  Les dix orteils.  Les dix petits nègres d’Agatha Christie.  Comme je n’ai pas de mémoire, je peux le relire.  A chaque fois, je me fais surprendre.  Enfin, je crois.

Dix ans.  La chanson de Souchon.  Tarte ta gueule à la récré.  Ça veut dire quoi ça d’ailleurs ?  On va se battre, commence à te frapper, j’arrive ?

Dix.  Dix.  Hmmm.  Il n’y a que sept nains.  Sept mercenaires.  Douze apôtres.  Et douze salopards.  Ce n’est pas moi qui l’ai inventé.  Treize à table.  Une belle arnaque ça.  Ils étaient quinze : les douze apôtres, le père, le fils et le saint-esprit.

Combien de péchés capitaux ?  Dix ?  Ah non, sept.  Comme dans le film.  Quelle honte.  Enlevez-moi Google et je me sens tout nu.

Je ne vais pas me lancer dans les jeux de mots.  Allez, juste la belle de Cadix, ça me fait plaisir.  Pour la maison.

Dixième billet.  Dix.

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Remington Style

C’est une Remington noire.  Une de ces machines à écrire massives qu’on a l’habitude de voir dans les films de détectives durs à cuire.  Quand je l’ai reçue en cadeau, j’ai été étonné par le poids du bestiau.  Elle aurait pu servir de lest à un suicidaire en mal de noyade.

Quand on la regarde de face, on a l’impression de voir un col rond qui protège les tiges de frappe.  De part et d’autre du col est inscrit le chiffre 16.  Je me suis souvent demandé à quoi correspondait ce chiffre.  Comme le chiffre 15 sur la gabardine de l’agent de police dans les aventures de Quick et Flupke.

Cette machine à écrire a probablement eu sa place dans un secrétariat.  Elle a tapé des rapports, des lettres et des bulletins.  Peut-être même, pendant des heures supplémentaires, a-t-elle permis à une secrétaire en mal d’excitation d’écrire un roman noir.  Le roman a peut-être été publié.  Qui sait ?

Je regarde la machine à écrire et je dresse son portrait.  Pour cela, j’utilise le programme de traitement de texte Word sur un MacBook Pro.  Tout fout le camp.

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Cinq euros ? Non ? Vraiment pas ?

– Vous n’auriez pas cinq euros ?  C’est pour rembourser quelqu’un.

Drôle de technique d’approche.  Surtout pour un gamin de 10-12 ans avec un blouson gris clair qui a dû être à la mode en 1980.

Il aborde chaque personne qui glisse sa carte de banque dans un des distributeurs automatiques à l’entrée du métro.  Certains ne le regardent pas.  Certains répondent que non, ils n’ont pas cinq euros à lui donner en rangeant des billets de dix dans leur portefeuille.  C’est assez casse-gueule de demander cinq euros en sachant pertinemment que la personne abordée ne pourra pas rendre ce service.  A moins de casser le billet au point presse tout proche.  Mais cela voudrait dire un retard sur la routine du matin.

Vraiment curieux.  Serait-ce un sans abri ?  Déjà ?  Avec un cartable flambant neuf sur les épaules ?  Et pourquoi cinq euros ?  Que doit-il rembourser ?  Un racket ?  Va-t-il se faire méchamment bousculer tout à l’heure ?  Va-t-il rentrer chez lui avec un œil au beurre noir ?

Une multiplicité d’histoires en trois minutes de retrait d’argent.

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Gare Centrale 7.30 du matin

En bas des escaliers de la salle des pas perdus, des Promo Girls distribuent des prospectus aux navetteurs.  Quand j’arrive en bas des marches, une des jeunes filles me tourne ostensiblement le dos et tend son flyer à une femme portant un chapeau manifestement volé à Amélie Nothomb.

Je n’aime pas qu’on me tourne le dos.  Je suis pris d’une irrépressible envie de saisir la jeune femme par le paletot et de lui hurler dans les oreilles que moi aussi je veux un prospectus, que c’est scandaleux de ne pas me proposer un prospectus, est-ce que j’ai la tête de celui à qui on ne propose pas un prospectus ou est-ce que je suis tellement falot à ses yeux qu’elle estime que je ne mérite même pas de recevoir un prospectus ?

Je glisse alors un œil sur la pile de flyers qu’elle tient à la main.  « Bon pour une épilation gratuite ».

Encore une honte monumentale évitée.  La journée commence bien.

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… et damnation

Pour moi, l’enfer ce n’est pas cette image d’Epinal où des diablotins volettent dans un décor de flammes.

Pour moi, l’enfer c’est quelque chose de beaucoup plus prosaïque.

Pour moi, l’enfer c’est un bureau aux murs gris dans lequel une table en plomb est boulonnée au sol.  Sur la table, un ordinateur qui fonctionne avec des disquettes souples.  Sur l’écran noir de la machine apparaissent des suites de caractères verdâtres.  Toutes les trente secondes, un antique téléphone en bakélite noire vrille mes tympans.  A chaque fois que je décroche, la seule phrase que je puisse articuler c’est « Comment ça va ? ».

Et dans l’écouteur du téléphone, à chaque fois la même phrase : « Comme un lundi ».

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